LE CANDOMBE

Le Candombe est le type de musique qui représente le mieux l'Uruguay. C’est un style qui surgit à Montevideo à partir du mélange de cultures amenées par les esclaves africains au 18éme siècle.

Le Candombe a nourrit d'autres styles comme le Tango et la Milonga et son influence s'observe dans toute la musique du Río de la Plata, plus exactement dans la Murga, d'origine espagnol.

LE CANDOMBE - et ses racines

Les Bantú du Congo et d’Angola, les Yoruba de Niger, les Ewe Fon et Fanti Ashanti de Dahomey et Mali ou les Mandinga (Mandingues) du Soudan, sont quelques groupes ethniques africains qui sont arrivés comme esclaves en Amérique et qui ont influencé culturellement tout le continent.

Son mélange avec d'autres groupes locaux a établi la base de la composition sociale et la constitution raciale des anciennes colonies. Le métissage est encore visible aujourd'hui dans les différents aspects de la culture américaine. L'apport culturel des esclaves africains arrivés en Uruguay, une grande partie donc d’origine Bantú, (70%), venant de l’ Afrique orientale et équatoriale, est l'emblème qui distingue ce pays et spécialement sa musique.

Qu'est-ce que le Candombe ?

Le Candombe identifie musicalement l'Uruguay, ainsi comme le font la "Samba" au Brésil; la "Rumba", le "Cha cha cha" et le "Son" à Cuba; la "Bomba" et la "Plena" à Porto Rico et le "Merengue" à la République Dominicaine.

A l'origine, était une danse dramatique et religieuse qui réunissait les esclaves africains et ses descendants. Les candombes se célébraient le 6 janvier, "Jour de Rois", en souvenir du couronnement des rois Congos. Cette danse rituelle se pratiquait en plein air ou dans des salles religieuses, et les instruments qui l'accompagnaient étaient des Tamboriles (tambourins) avec une peau unique (parche) clouée au corps du tambour qui était percuté soit avec un morceau de bois et une main, soit avec les deux mains. On trouvait également des Marimabas, des Chocalos, des Zambombas etc.

Le mot Tangó était utilisé pour nommer autant la danse que les tambours et les endroits où se pratiquaient ces rituels religieux. Ces rituels comme tels, ont été interdit et durement punis par la population blanche de Montevideo à la fin du 19éme siècle pour être considérés comme un attentat à la morale publique. Malgré cela, la population noire entassée dans des "conventillos" (logements communautaires), dans les quartiers Sud et Palermo de la ville, put garder ses danses et son style de percussions.

Les Sonorités du Candombe

Une fois que le rythme de candombe est lancé, celui-ci arrive à créer un synchronisme fabuleux, en entrelaçant et en réalisant un jeu polyrythmique incroyable. Trois types de tambours sont nécessaires pour jouer l’ensemble de la rythmique du candombe. On appelle ça : "la cuerda de tambores", (la corde des tambours), dans le sens que tous les trois, se complémentent. Ils se nomment, le "Piano", le "Chico", et le "Repique".

Le "Piano" est le tambour le plus gros, et est celui qui donne la base, c’est-à-dire le soutien dont s’appuient le "Chico" et le "Repique". Il a une sonorité très grave, il est accordé donc à faible hauteur. Les coups de base utilisés dans l'exécution de ce tambour sont: le bâton en bois et la main frappant à l’unisson sur la peau provocant un son sec et amorti, ou bien: coup de bâton en bois directement sur la peau, produisant des sons que peuvent être un peu plus accentués, ouverts ou amortis ou celui de la main sans le bâton en bois, directement sur la peau.

Exemple de sonorité du tambour "Piano"

Le "Chico" est le tambour qui donne la structure dans le rythme du candombe. Il est le plus fin des trois, et le plus "petit", comme son nom l’indique. Il émet une sonorité haute et aigue, il est celui qui a la responsabilité de maintenir la rythmique avec une impulsion constante et régulière.

Son toucher consiste dans un coup accentué avec les quatre doigts d'une main sur le bord de la peau et un coup avec un bâton en bois dans l'autre main dans le centre du tambour. Pour le jouer on a de besoin de plus d’énergie, ou de sonorité, de la main que du bâton en bois.

Exemple de sonorité du tambour "Chico"

Le "Repique", un peu plus gros que le "Chico", mais moins grand que le "Piano", est le tambour qui improvise, en jouant avec des phrasées rythmiques entrecoupés. Ça se joue de la même façon que le "Piano" et le "Chico", avec les deux mains, l'une avec bâton, et l'autre sans bâton.

Ce tambour joué avec trois sonorités de base. 1) Celui qui se réalise avec la main frappant directement sur la peau, (coup très accentué). 2) Celui qui se réalise avec le bâton frappant sur la peau, et 3) Celui produit avec le bâton, frappant directement sur les côtés en bois du tambour, (madera), sur la partie de ce qu’on appelle le "ventre" du tambour" (près du cercle en métal qui entoure la peu). Le "repique", dans son phrasé, utilise une pulsation rythmique bien caractéristique. Pour le jouer, comme pour le tambour le "Chico", on a besoin de plus d’énergie, ou de sonorité, de la main que du bâton en bois.

Exemple de sonorité du tambour "Repique"

Les styles de Candombe

Dans le Candombe existent trois styles, c’est-à-dire, trois façons differentes de jouer qui sont clairement définis. Ils sont: "Cuareim", Ansina" et "Cordón". Mais les deux écoles ou les deux styles les plus connus restent celui de "Cuareim" et "Ansina" car il sont la référence. Ses noms viennent des rues des quartiers de Montevideo Sur et Palermo, berceau des plus importantes Comparsas, (fanfares), du carnaval.

Le style "Cuareim", il est joué à un tempo modéré où le rythme se construit à partir des tambours Pianos qui alternent des variations très subtiles entre le phrasé des tambours Repiques.

Exemple de Candombe "Cuareim"

Le style "Ansina", lui, est joué sur un tempo plus rapide que celui de Cuareim. Dans son jeu rythmique, les tambours Pianos combinent des coups rebondissants en répondant ainsi au dialogue établi avec les tambours Repiques qui eux s'occupent de créer une cassure rythmique. Dans les deux styles les tambours Chicos accompagnent toujours en gardant une cellule basique.

Exemple de Candombe "Ansina"

Le style Cordón est originaire du "conventillo" Gaboto, (logement communautaire). Cette façon de jouer a été créé par les frères Pintos au milieu du XXe siècle. Il a des similitudes avec celui la façon de jouer du style "Ansina", mais il se distingue par le son très particulier des tambours "Pianos" dans la vitesse d’execution.

Exemple de Candombe "Cordón"

Le Candombe de nos jours

A Montevideo, les dimanches et jours fériés, se produit un dialogue rythmique qui invite à une grande fête populaire appelée "Llamada" (l'appel). Dans certains coins de rue du quartier historique des noirs, les différents groupes ou "Cuerdas de tambores" (ensemble de tambours), allument le feu pour chauffer la peau des tambours afin de s'accorder et entreprendre un parcours dans les rues jusqu'à se réunir ensemble dans un endroit choisi.

L'ensemble de tambours est composé par un nombre qui va de 3 à 80 percussionnistes.  Comme on l’a déjà indiqué ci-dessus, ils jouent sur les tambours traditionnels qui sont: le Chico, (le petit) qui joue sur une cellule fixe, le Repique (celui qui casse le rythme) et le Piano (le plus gros), qui assure la basse et qui émet un son grave. Au fur et à mesure qu'ils parcourent les rues étroites de Montevideo, le rythme entraînant invite les voisins à se joindre au défilé.

Les influences du rythme de Candombe

Le Candombe commença définitivement à faire partie de la musique appelé "académique" à partir des années 60 , lorsque Jaurés Lamarque Pons, (pianiste, violoniste et compositeur), a rejoint son rythme, ses tambours et tout son univers dans la musique symphonique, le ballet et l'opéra.

De nombreux artistes uruguayens de grande renommée et de différentes époques ont adopté le rythme de Candombe pour leurs compositions. Entre autres on peut nommer :

A partir donc des années 60, le Candombe est devenu un style fondamental dans le développement de la musique populaire uruguayenne en se mélangeant pratiquement avec tous les courants et styles de musique comme le folklore, le rock, le jazz et la chanson populaire. Eduardo Mateo, l'a enrichi avec sa touche personnelle, en créant le Candombe Beat. Dans les années 70, des groupes comme Totem ont contribué à élargir sa diffusion. Plus tard, l’un de ses intégrants, Ruben Rada, a continué cette ligne et l'a développé encore un peu plus.

L’ensemble de la "cuerda", (corde), des tambours du Candombe, accompagné d’une orchestration, (harmonie, mélodie, arrangements etc.) donne un son très particulier et très agréable à écouter. On peut le classer dans la World musique, dans la Pop latine ou même dans le Jazz.

Il est aujourd'hui le rythme traditionnel de la culture afro-uruguayenne. C'est un style musical vivant en plein développement, connaissant une large diffusion.


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